PLOUC POWER par Lumir Lapray

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1936 : les campagnes aussi

Quelle signification le Front Populaire a-t-il eu pour les ruraux de l'entre-deux guerres ? Accrochez-vous, on part pour une leçon d'histoire ! Episode 2, dimanche prochain <3

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Lumir Lapray
juil. 26, 2026
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« Cher Monsieur Léon Blum,

J’ai 17 ans et je reviens de faire un beau voyage que jamais que je n’aurais fait sans vous. Enfin, j'ai pu réaliser un rêve que je caressais depuis longtemps : revoir le pays natal, vivre pendant quinze belles journées parmi les membres de ma famille que les duretés de l'existence m'avaient contrainte de quitter fort jeune. »

Solange Froment, septembre 1937

Cette lettre, je l’ai découverte en écoutant le merveilleux podcast de Philippe Collin sur Léon Blum - je m’en souviens bien. Je courais parmi les maïs qui entourent le pavillon dans lequel j’ai passé mon enfance, et tout à coup, je me suis dit : mais c’est vrai, purée, le Front Populaire, ça a changé quoi, dans les campagnes françaises ???

A commencé une longue quête. D’abord, j’ai cherché des images - et j’ai été déçue. Car s’il existe des centaines de photos, de celles qu’on ressort à chaque célébration des congés payés (mais si, les usines occupées, les banderoles, les premiers bains de mer, les balades en vélo)…. et bien, je n’en n’avais jamais vu, des images de ruraux durant le Front Populaire ! Je ne parle pas d’ouvriers urbains en goguette mais de paysans en plein été 36, de Apparemment, le Front Populaire, c’est une histoire urbaine: une histoire d’usine, de milliers d’ouvriers en grève, de boutiques parisiennes occupées.

Et pourtant !

Été 1936, enfin (re)voir la mer(e)

Pourtant, en 1936, la France est un pays encore massivement rural, où près de la moitié de la population vit à la campagne. Celle-ci, cependant, se vide depuis un demi-siècle, à mesure que les mines, les filatures et la métallurgie arrachent nos ancêtres à leurs terres. En 36, une grande partie du prolétariat urbain français est, en réalité… une paysannerie de première ou deuxième génération !

J’apprends donc, d’abord, que les congés payés viennent réparer des liens détruits par l’exode rural - comme le raconte Solange, dans sa lettre adressée au Président (du Conseil) Blum. Il n’est plus question de partir, mais de revenir. Bon, à ce stade là de mon enquête, je vais des pauses pour chialer un peu. J’imagine ces soeurs, ces cousins, ces oncles, ces parents que l’on a pas revus depuis des années, ces bébés que l’on découvre, un beau jour de l’été 1936. Pour moi qui fais tant d’aller et retour entre Paris et mon village de l’Ain, qui le décide parfois le jour même - après tout, ce n’est qu’une histoire d’un TGV, d’un TER et d’un trajet en voiture (la mienne m’attend d’ailleurs toujours sagement à la gare, des fois que ça me prenne d’un coup, l’envie de rentrer au pays). Mais avant la révolution des congés payés, on parle de jours de salaire perdus à force d’heures sans fin passées dans les transports. D’une migration que seules les grandes occasions — un mariage, un enterrement - justifient. Je pense à ces milliers d’auvergnats, d’ardéchois, de gardois, de lotois qui utilisent le temps que la gauche a libéré pour faire ce qu’ils et elles n’avaient jamais eu les moyens de faire : retourner, enfin, dans leur région d’origine. Une foule de Français.es qui laissent, aux urbain.es, les joies de découvrir la mer, de sentir son sel épicé sur des lèvres ardentes, pour revenir embrasser leur mère. Ces photos de jeunes gens dans les trains prennent une autre saveur.

Et là, je me dis… mais attends, ces urbains, quand ils rentrent au pays, en 36, que trouvent-ils ? Les paysans, que pensent-ils de la révolte sociale qui gronde ?

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Le Front Populaire, (aussi) né dans les champs ?!

Alors là, accrochez-vous à vos chaises, parce que ce qui suit m’a laissée pantoise. Le Front populaire est en fait… NÉ DANS LES CAMPAGNES ! SI ! JE VOUS JURE ! Enfin, peut-être que vous saviez, vous. Mais pas moi - et ça m’en bouche un coin, comme dirait l’autre. Moi qui cherchais ce que mon camp politique avait apporté aux campagnes, je lis que les historien.nes racontent en réalité une autre histoire : sans nos aïeux, le Front populaire n'aurait peut-être jamais existé.

les paysans, eux aussi, étaient appelés à faire l’unité syndicale !
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